Les Français jugent la campagne à l’élection présidentielle

Analyses

05032012 Par : Frédéric Dabi

Un terreau propice à une forte abstention », Frédéric Dabi, DGA de l’Ifop, analyse pour le Journal du Dimanche le jugement des Français sur la campagne.

Dans quel climat cette campagne se déroule-t-elle ?

70% des sondés trouvent que cette élection ne se déroule pas dans un climat serein et respectueux. Cela fait suite à une semaine où il y a eu beaucoup de tensions. Plus largement, on a compté plus de dix références à la seconde guerre mondiale depuis le début de la campagne. Quand un sortant chercher à sauver sa place, cela tend les choses et donne une tonalité dramatique à la campagne. Par rapport à 2007 et 2002, nous avons une part d’électeurs sûrs de leur choix beaucoup plus importante. Ce n’est pas bon pour le camp qui n’est pas en tête. Cela incite à prendre des risques, à cogner de plus en plus fort sur l’adversaire. De plus, la dimension "malheur aux vaincus" n’est pas à négliger : si le PS perd, ce sera sa quatrième défaite d’affilée à une présidentielle. De l’autre côté, l’UMP a perdu toutes les élections depuis le début du quinquennat, François Bayrou fait sans doute son dernier tour de piste et Marine Le Pen doit valider sa stratégie de dédiabolisation… Aucun ne peut se dire que c’est un tour de chauffe comme Jacques Chirac en 1981 ou François Bayrou en 2002. Tous jouent leur peau.

D’après le sondage, cette présidentielle ne suscite que peu d’espoir et n’apporte pas de réponses aux problèmes des Français…

Le poids de la crise pèse sur cette campagne. La dimension d’espoir - qui est importante dans une campagne présidentielle où l’on propose un "changer la vie" comme en 1981, un "Vivement demain" comme le RPR en 1986 - n’est pas là. Les Français ont intériorisé que la capacité des politiques à peser sur le cours des choses est fortement remise en cause. Pour autant, ce n’est pas une campagne déconnectée des sujets qui intéressent les Français. Les grands mots d’ordre comme "demain on rase gratis" n’ont plus leur place dans cette élection. De là découlent des aspects positifs car les candidats font attention à ne pas promettre n’importe quoi mais aussi des aspects négatifs comme le manque d’espoir suscité.

Cette élection intéresse moins que celle de 2007…

Nous rencontrons une vraie déception par rapport à cette campagne, même chez les électeurs de gauche. 2007 était une élection de rupture avec l’ère Chirac, une élection de renouvellement avec les candidats du PS et de l’UMP se présentant pour la première fois. Là, nous vivons une élection avec un président sortant cherchant à être réélu, le tout dans une logique de bipolarisation très importante. Cette dernière peut susciter de la frustration chez beaucoup d’électeurs. Ces derniers peuvent avoir l’impression qu’on essaie de mettre entre parenthèse le premier tour.

Y a-t-il donc un terreau favorable pour l’abstention ou pour un vote contestataire ?

Une élection présidentielle est une élection à part, mais elle s’inscrit dans un continuum. La participation exceptionnelle observée lors de l’élection présidentielle de 2007 avait commencé avec le référendum de 2005. Là, nous sommes sur un mouvement inverse, dans un continuum d’abstention qui a été record aux municipales, aux européennes, aux régionales et aux cantonales. Il y a donc un terreau propice à une abstention forte. Même si on ne peut pas prévoir ce qu’il va se passer, le record d’abstention qui date du 21 avril 2002 peut être atteint. Il y a aussi une certaine usure de la part de l’opinion. Après l’effervescence qui a suivi l’entrée en lice de Nicolas Sarkozy, l’intérêt pour la campagne a décliné de sept points en une semaine. Enfin, j’ajoute qu’à chaque fois que nous testons des propos polémiques, les Français déclarent ne pas s’y intéresser. Ces polémiques constituent un tue-l’amour électoral et participatif.